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Les oeuvres inspirées du voyage

Les oeuvres inspirées du voyage

Toujours l’oreille en alerte, le compositeur capte des mélodies, des impressions sonores et prétend parfois à un parfait figuralisme dans ses partitions « orientalisantes » comme dans la Suite algérienne créée en 1880 et qui dépeint tout un tableau algérois conformément à l’idée hugolienne selon laquelle « l’oreille aussi a sa vue ». En Égypte, le compositeur fréquente l’élite des égyptologues français et capte sur le Nil le chant nubien dont on perçoit l’écho dans son Cinquième concerto pour piano et orchestre dit « l’Égyptien ».

Dans le bassin méditerranéen, il part à la recherche des représentations antiques de lyres et de cithares et s’intéresse aux décors de théâtre romains.

Saint-Saëns s’inspire de l’héritage grec antique dans un certain nombre d’œuvres notamment dans son opéra Hélène, dans l’hymne Pallas Athéné, ou bien dans les poèmes symphoniques Phaéton et La Jeunesse d’Hercule.

L’immensité géographique à laquelle Saint-Saëns prétend par la multitude de ses déplacements à l’étranger dégage enfin une géographie imaginaire que l’on retrouve régulièrement dans ses œuvres. Saint-Saëns aime faire entendre le lointain.

En témoignent entre autres les Caprice andalous (opus 122), « arabe » (opus 96 dédié à Eugène Béguet, président de la section musicale de la Société des beaux-arts d’Alger) ou « sur des airs danois et russes » (opus 79) dédié à « Sa Majesté l’Impératrice de Russie » (Saint-Saëns se rend à Moscou en 1875 et en 1887), ou encore la fameuse Havanaise (opus 83), la Jota aragonese (opus 64), Une nuit à Lisbonne (opus 63), le Souvenir d’Ismaïlia (opus 100), celui « d’Italie » ou encore la Valse canariote (opus 88) et grand nombre de partitions à la géographie implicite telles que les Mazurkas.

Cette géographie musicale en écho aux déplacements effectués par le musicien à travers le monde se retrouve dans sa littérature et en particulier dans ses poèmes où surgit notamment l’image du Japon éternel. Le japonisme de Saint-Saëns s’alimente de référents culturels transformés en clichés à l’image de l’opéra-comique La Princesse Jaune créé en 1872 où fourmillent quantités de stéréotypes venus tout droit d’un vaste Orient où les civilisations se mélangent en un syncrétisme archétypal.


 

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